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« Je cherche surtout un silence intérieur. Je cherche à traduire la personnalité et non une expression », disait Cartier-Bresson. A cet égard, il racontait volontiers sa « rencontre » avec Frédéric et Irène Joliot-Curie : « J’ai sonné, la porte s’est ouverte, j’ai vu ça, j’ai tiré, j’ai dit bonjour après, ce n’était pas très poli » ; ou bien celle avec Ezra Pound qui ne fut qu’un « très long silence qui a semblé durer des heures ». Ces quelques lignes introductives à son livre Images à la sauvette (publié par Tériade en 1952) - d’une étonnante modernité – parlent d’elles-mêmes : « A l’artifice de certains portraits, je préfère de beaucoup ces petites photos d’identité serrées les unes contre les autres aux vitrines des photographes de passeport. A ces visages-là on peut toujours poser une question, et l’on y découvre une identité documentaire à défaut de l’identification poétique que l’on espère obtenir. »
 Edith Piaf, circa 1946.
C’est son amour pour la peinture qui avait conduit Cartier-Bresson, à la fin de la guerre, à photographier des peintres pour l’éditeur alsacien Pierre Braun ; il se rendit ainsi à plusieurs reprises chez Matisse, Bonnard, Braque, ... « Quand j’allais chez Matisse, je m’asseyais dans un coin, je ne bougeais pas, on ne se parlait pas. C’était comme si on n’existait pas. » Plus tard, parfois dépêché par de prestigieux titres américains comme Harper’s Bazaar, Vogue, ou Life, il eut accès à de nombreuses personnalités, que son goût personnel pour les lettres, les arts ou la recherche et sa curiosité insatiable pour l’être humain le poussaient à rencontrer. Et toujours dans la plus grande discrétion, « à la sauvette », avant que le modèle ne se fige, en silence.
« Tout portrait est un autoportrait », les peintres l’ont beaucoup dit et la photographie telle que Henri Cartier-Bresson l’a pratiquée est une vision du monde très personnelle. N’ayant rien à démontrer, bien conscient qu’il n’y a aucune vérité objective, il ne se reconnaissait pas dans le journalisme sauf « au sens du journal intime » ou du carnet de croquis. Tout le monde connaît l’aversion qu’il éprouvait pour la caméra pointée sur lui ; peut-être ressentait-il, comme Roland Barthes, la fausseté de la situation : « Très souvent (trop souvent à mon gré) j’ai été photographié en le sachant. Or, dès que je me sens regardé par l’objectif, tout change : je me constitue en train de poser, je me fabrique instantanément un autre corps, je me métamorphose à l’avance en image. » (in La Chambre claire ).
 Cracovie, Pologne, 1931.
Après avoir officiellement décidé d’arrêter le reportage, à la fin des années soixante, pour revenir à ses premières amours, le dessin, Henri Cartier-Bresson continuait cependant à photographier des visages : cette passion pour « l’être mis à nu » derrière l’objectif, pour cet échange en tête-à-tête, ne s’est jamais érodée.
Date de création : 12/02/2006 : 09:43
Dernière modification : 16/02/2006 : 09:34
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