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Il présente sa démarche comme une plongée dans son histoire familiale, une relecture d'une histoire voulue lisse par ses acteurs. Il part des photographies d'album de famille, politiquement correctes, et les photographie en les recadrant, avec l’intention d'aller au-delà de ces images choisies.

"Quand j'examine une à une les photos de ma famille, quand je prélève quelques détails en les re-photographiant, je pratique une opération morbide, une sorte d'autopsie sur des corps figés. J'enquête, je cherche ce qui serait passé inaperçu, l'élément que le photographe n'aurait pas vu, l'erreur, la faille, l'image dans l'image (…).

Embusqué derrière le trou de mon appareil, je me repasse les photos une à une. Je suis en retrait du monde, l'oeil grand ouvert, scrutant un paysage désolé, peuplé de grains arides qui décomposent plutôt qu'ils ne composent des visages, des corps, des objets figés dans la gélatine… Voyeur après coup, chercheur d'indices déçu, je porte un regard ambigü. J'invente, j'affabule. Pour prélever une image à l'image, je retire de l'image autour d'un nouveau cadre que j'impose. Je n'ai pas à faire avec des vivants. Je choisis des décors, je profite de l'innocence de mes acteurs involontaires. Je manipule leurs expressions et j'insinue des menaces, des souffrances inexpliquées. Je démonte cette volonté de bonheur affiché si peu crédible (…).

Nées de la réalité, manipulables, "amoureuses de la déformation", les photographies sont d'une nature perverse. Avec elles nous sommes devenus des spectateurs désabusés du monde. L'abondance des images forme un spectacle réducteur, insipide et illusoire. Un écran saturé se constitue devant nos yeux, presque confortable. Il installe une fissure discrète, insidieuse et profonde, entre nous et notre réalité (…). Nous sommes condamnés à vivre avec ce bégaiement visuel malsain qui génère une quantité pléthorique d'images. Je ne souhaite pas en créer de nouvelles. Je regarde celles qui sont à ma disposition, les plus domestiques. Je prends acte du rapport pervers qu'entretient toute photo avec la réalité. Je me sers de ce lien distendu, torturé, mais jamais rompu. Je ne découpe pas de scènes précises, de drames explicables. Je reste dans ce territoire favori de la photographie qu'est l'innommable."
Bernard Demenge
Date de création : 20/05/2005 : 18:08
Dernière modification : 26/05/2005 : 12:26
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